Page:Verne - Autour de la Lune.djvu/145

Cette page a été validée par deux contributeurs.


– Voici, reprit Barbicane. Le problème est double et exige une double solution. La Lune est-elle habitable ? La Lune a-t-elle été habitée ?

– Bien, répondit Nicholl. Cherchons d’abord si la Lune est habitable.

– À vrai dire, je n’en sais rien, répliqua Michel.

– Et moi, je réponds négativement, reprit Barbicane. Dans l’état où elle est actuellement, avec cette enveloppe atmosphérique certainement très-réduite, ses mers pour la plupart desséchées, ses eaux insuffisantes, sa végétation restreinte, ses brusques alternatives de chaud et de froid, ses nuits et ses jours de trois cent cinquante-quatre heures, la Lune ne me paraît pas habitable, et elle ne me semble pas propice au développement du règne animal, ni suffisante aux besoins de l’existence, telle que nous la comprenons.

– D’accord, répondit Nicholl. Mais la Lune n’est-elle pas habitable pour des êtres organisés autrement que nous ?

– À cette question, répliqua Barbicane, il est plus difficile de répondre. J’essayerai cependant, mais je demanderai à Nicholl si le mouvement lui paraît être le résultat nécessaire de la vie, quelle que soit son organisation ?

– Sans nul doute, répondit Nicholl.

– Eh bien, mon digne compagnon, je vous répondrai que nous avons observé les continents lunaires à une distance de cinq cents mètres au plus, et que rien ne nous a paru se mouvoir à la surface de la Lune. La présence d’une humanité quelconque se fût trahie par des appropriations, par des constructions diverses, par des ruines même. Or, qu’avons-nous vu ? Partout et toujours le travail géologique de la nature, jamais le travail de l’homme. Si donc les représentants du règne animal existent sur la Lune, ils seraient donc enfouis dans ces insondables cavités que le regard ne peut atteindre. Ce que je ne puis admettre, car ils auraient laissé des traces de leur passage sur ces plaines que doit recouvrir la couche atmosphérique, si peu élevée qu’elle soit. Or, ces traces ne sont visibles nulle part. Reste donc la seule hypothèse d’une race d’êtres vivants auxquels le mouvement, qui est la vie, serait étranger !

– Autant dire des créatures vivantes qui ne vivraient pas, répliqua Michel.

– Précisément, répondit Barbicane, ce qui pour nous n’a aucun sens.

– Alors, nous pouvons formuler notre opinion, dit Michel.

– Oui, répondit Nicholl.

– Eh bien, reprit Michel Ardan, la Commission scientifique, réunie dans le projectile du Gun-Club, après avoir appuyé son argumentation sur