Page:Verne - Autour de la Lune.djvu/129

Cette page a été validée par deux contributeurs.


moment, elle fut tellement vive, que Michel, entraînant vers sa vitre Barbicane et Nicholl, s’écria :

« L’invisible Lune, visible enfin ! »

Et tous trois, à travers un effluve lumineux de quelques secondes, entrevirent ce disque mystérieux que l’œil de l’homme apercevait pour la première fois.

Que distinguèrent-ils à cette distance qu’ils ne pouvaient évaluer ? Quelques bandes allongées sur le disque, de véritables nuages formés dans un milieu atmosphérique très-restreint, duquel émergeaient non seulement toutes les montagnes, mais aussi les reliefs de médiocre importance, ces cirques, ces cratères béants capricieusement disposés, tels qu’ils existent à la surface visible. Puis des espaces immenses, non plus des plaines arides, mais des mers véritables, des océans largement distribués, qui réfléchissaient sur leur miroir liquide toute cette magie éblouissante des feux de l’espace. Enfin, à la surface des continents, de vastes masses sombres, telles qu’apparaîtraient des forêts immenses sous la rapide illumination d’un éclair…

Était-ce une illusion, une erreur des yeux, une tromperie de l’optique ? Pouvaient-ils donner une affirmation scientifique à cette observation si superficiellement obtenue ? Oseraient-ils se prononcer sur la question de son habitabilité, après un si faible aperçu du disque invisible ?

Cependant les fulgurations de l’espace s’affaiblirent peu à peu ; son éclat accidentel s’amoindrit ; les astéroïdes s’enfuirent par des trajectoires diverses et s’éteignirent dans l’éloignement. L’éther reprit enfin son habituelle ténébrosité ; les étoiles, un moment éclipsées, étincelèrent au firmament, et le disque, à peine entrevu, se perdit de nouveau dans l’impénétrable nuit.

CHAPITRE XVI

l’hémisphère méridional.



Le projectile venait d’échapper à un danger terrible, danger bien imprévu. Qui eût imaginé une telle rencontre de bolides ? Ces corps errants pouvaient susciter aux voyageurs de sérieux périls. C’étaient pour eux autant d’écueils semés sur cette mer éthérée, que, moins heureux que les navigateurs, ils ne pouvaient fuir. Mais se plaignaient-ils, ces aventuriers