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« Si jamais nous recommençons ce voyage, nous ferons bien de choisir l’époque où la Lune est nouvelle.

– En effet, répondit Nicholl, cette circonstance serait plus favorable. Je conviens que la Lune, noyée dans les rayons solaires, ne serait pas visible pendant le trajet, mais en revanche, on apercevrait la Terre qui serait pleine. De plus, si nous étions entraînés autour de la Lune, comme cela arrive en ce moment, nous aurions au moins l’avantage d’en voir le disque invisible magnifiquement éclairé !

– Bien dit, Nicholl, répliqua Michel Ardan. Qu’en penses-tu, Barbicane ?

– Je pense ceci, répondit le grave président : Si jamais nous recommençons ce voyage, nous partirons à la même époque et dans les mêmes conditions. Supposez que nous eussions atteint notre but, n’eût-il pas mieux valu trouver des continents en pleine lumière au lieu d’une contrée plongée dans une nuit obscure ? Notre première installation ne se fût-elle pas faite dans des circonstances meilleures ? Oui, évidemment. Quant à ce côté invisible, nous l’eussions visité pendant nos voyages de reconnaissance sur le globe lunaire. Donc, cette époque de la Pleine-Lune était heureusement choisie. Mais il fallait arriver au but, et pour y arriver, ne pas être dévié de sa route.

– À cela, rien à répondre, dit Michel Ardan. Voilà pourtant une belle occasion manquée d’observer l’autre côté de la Lune ! Qui sait si les habitants des autres planètes ne sont pas plus avancés que les savants de la Terre au sujet de leurs satellites ? »

On aurait pu facilement, à cette remarque de Michel Ardan, faire la réponse suivante : Oui, d’autres satellites, par leur plus grande proximité, ont rendu leur étude plus facile. Les habitants de Saturne, de Jupiter et d’Uranus, s’ils existent, ont pu établir avec leurs Lunes des communications plus aisées. Les quatre satellites de Jupiter gravitent à une distance de cent huit mille deux cent soixante lieues, cent soixante-douze mille deux cents lieues, deux cent soixante-quatorze mille sept cents lieues, et quatre cent quatre-vingt mille cent trente lieues. Mais ces distances sont comptées du centre de la planète, et, en retranchant la longueur du rayon qui est de dix-sept à dix-huit mille lieues, on voit que le premier satellite est moins éloigné de la surface de Jupiter que la Lune ne l’est de la surface de la Terre. Sur les huit Lunes de Saturne, quatre sont également plus rapprochées ; Diane est à quatre-vingt-quatre mille six cents lieues, Thétys à soixante-deux mille neuf cent soixante-six lieues ; Encelade à quarante-huit mille cent quatre-vingt-onze lieues, et enfin Mimas à une distance moyenne de trente-quatre mille cinq cents lieues seulement. Des