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– Évidemment, dit Barbicane. Ce sont des courbes non fermées, qui se prolongent à l’infini !

– Ah ! savants ! s’écria Michel, je vous porte dans mon cœur ! Eh ! que nous importent la parabole ou l’hyperbole, du moment où l’une et l’autre nous entraînent également à l’infini dans l’espace ! »

Barbicane et Nicholl ne purent s’empêcher de sourire. Ils venaient de faire « de l’art pour l’art ! » Jamais question plus oiseuse n’avait été traitée dans un moment plus inopportun. La sinistre vérité, c’était que le projectile, hyperboliquement ou paraboliquement emporté, ne devait plus jamais rencontrer ni la Terre ni la Lune.

Or, qu’arriverait-il à ces hardis voyageurs dans un avenir très-prochain ? S’ils ne mouraient pas de faim, s’ils ne mouraient pas de soif, c’est que, dans quelques jours, lorsque le gaz leur manquerait, ils seraient morts faute d’air, si le froid ne les avait pas tués auparavant !

Cependant, si important qu’il fût d’économiser le gaz, l’abaissement excessif de la température ambiante les obligea d’en consommer une certaine quantité. Rigoureusement, ils pouvaient se passer de sa lumière, non de sa chaleur. Fort heureusement, le calorique développé par l’appareil Reiset et Regnault élevait un peu la température intérieure du projectile, et, sans grande dépense, on put la maintenir à un degré supportable.

Cependant, les observations étaient devenues très-difficiles à travers les hublots. L’humidité intérieure du boulet se condensait sur les vitres et s’y congelait immédiatement. Il fallait détruire cette opacité du verre par des frottements réitérés. Toutefois, on put constater certains phénomènes du plus haut intérêt.

En effet, si ce disque invisible était pourvu d’une atmosphère, ne devait-on pas voir des étoiles filantes la rayer de leurs trajectoires ? Si le projectile lui-même traversait ces couches fluides, ne pourrait-on surprendre quelque bruit répercuté par les échos lunaires, les grondements d’un orage, par exemple, les fracas d’une avalanche, les détonations d’un volcan en activité ? Et si quelque montagne ignivome se panachait d’éclairs n’en reconnaîtrait-on pas les intenses fulgurations ? De tels faits, soigneusement constatés, eussent singulièrement élucidé cette obscure question de la constitution lunaire. Aussi Barbicane, Nicholl, postés à leur hublot comme des astronomes, observaient-ils avec une scrupuleuse patience.

Mais jusqu’alors, le disque demeurait muet et sombre. Il ne répondait pas aux interrogations multiples que lui posaient ces esprits ardents.

Ce qui provoqua cette réflexion de Michel, assez juste en apparence :