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à perdre notre thermomètre, nous l’attacherons et nous le ramènerons plus facilement à l’intérieur. »

Les conseils de Barbicane furent suivis. Par le hublot rapidement ouvert, Nicholl lança l’instrument que retenait une corde très-courte, afin qu’il pût être rapidement retiré. Le hublot n’avait été entrouvert qu’une seconde, et cependant cette seconde avait suffi pour laisser un froid violent pénétrer à l’intérieur du projectile.

« Mille diables ! s’écria Michel Ardan, il fait un froid à geler des ours blancs ! »

Barbicane attendit qu’une demi-heure se fût écoulée, temps plus que suffisant pour permettre à l’instrument de descendre au niveau de la température de l’espace. Puis, après ce temps, le thermomètre fut rapidement retiré.

Barbicane calcula la quantité d’esprit-de-vin déversée dans la petite ampoule soudée à la partie inférieure de l’instrument, et dit :

« Cent quarante degrés centigrades au-dessous de zéro ! »

M. Pouillet avait raison contre Fourier. Telle était la redoutable température de l’espace sidéral ! Telle est, peut-être, celle des continents lunaires, quand l’astre des nuits a perdu par rayonnement toute cette chaleur que lui ont versée quinze jours de soleil !

CHAPITRE XV

hyperbole ou parabole.



On s’étonnera peut-être de voir Barbicane et ses compagnons si peu soucieux de l’avenir que leur réservait cette prison de métal emportée dans les infinis de l’éther. Au lieu de se demander où ils allaient ainsi, ils passaient leur temps à faire des expériences, comme s’ils eussent été tranquillement installés dans leur cabinet de travail.

On pourrait répondre que des hommes si fortement trempés étaient au-dessus de pareils soucis, qu’ils ne s’inquiétaient pas de si peu, et qu’ils avaient autre chose à faire que de se préoccuper de leur sort futur.

La vérité est qu’ils n’étaient pas maîtres de leur projectile, qu’ils ne pouvaient ni enrayer sa marche ni modifier sa direction. Un marin change à son gré le cap de son navire ; un aéronaute peut imprimer à son ballon