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montrent sur la Lune à un observateur terrestre. Selon lui, la couleur commune aux vastes plaines connues sous le nom de « mers » est le gris sombre mélangé de vert et de brun. Quelques grands cratères présentent aussi cette coloration.

Barbicane connaissait cette opinion du sélénographe allemand, opinion partagée par MM. Beer et Mœdler. Il constata que l’observation leur donnait raison contre certains astronomes qui n’admettent que la coloration grise à la surface de la Lune. En de certains espaces, la couleur verte était vivement accusée, telle qu’elle ressort, selon Julius Schmidt, des Mers de la Sérénité et des Humeurs. Barbicane remarqua également de larges cratères dépourvus de cônes intérieurs, qui jetaient une couleur bleuâtre analogue aux reflets d’une tôle d’acier fraîchement polie. Ces colorations appartenaient bien réellement au disque lunaire, et ne résultaient pas, suivant le dire de quelques astronomes, soit de l’imperfection de l’objectif des lunettes, soit de l’interposition de l’atmosphère terrestre. Pour Barbicane, aucun doute n’existait à cet égard. Il observait à travers le vide et ne pouvait commettre aucune erreur d’optique. Il considéra le fait de ces colorations diverses comme acquis à la science. Maintenant ces nuances de vert étaient-elles dues à une végétation tropicale, entretenue par une atmosphère dense et basse ? Il ne pouvait encore se prononcer.

Plus loin, il nota une teinte rougeâtre, très-suffisamment accusée. Pareille nuance avait été observée déjà sur le fond d’une enceinte isolée, connue sous le nom de cirque de Lichtenberg, qui est située près des monts Hercyniens sur le bord de la Lune, mais il ne put en reconnaître la nature.

Il ne fut pas plus heureux à propos d’une autre particularité du disque, car il ne put en préciser exactement la cause. Voici cette particularité.

Michel Ardan était en observation près du président, quand il remarqua de longues lignes blanches, vivement éclairées par les rayons directs du Soleil. C’était une succession de sillons lumineux très-différents du rayonnement que Copernic présentait naguère. Ils s’allongeaient parallèlement les uns aux autres.

Michel, avec son aplomb habituel, ne manqua pas de s’écrier :

« Tiens ! des champs cultivés !

– Des champs cultivés ? répondit Nicholl, haussant les épaules.

– Labourés tout au moins, répliqua Michel Ardan. Mais quels laboureurs que ces Sélénites, et quels bœufs gigantesques ils doivent atteler à leur charrue pour creuser de tels sillons !

– Ce ne sont pas des sillons, dit Barbicane, ce sont des rainures.