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LES POÈTES MAUDITS 

Pour entendre gémir les ftmes condamnées Sans pouvoir dire : allez ! vous êtes pardonnées; Sans pouvoir les tarir, ô douleur des douleurs ! Sentir filtrer partout les sanglots et les pleurs; Se heurter dans la nuit des cages cellulaires Que nulle aube ne teint de ses prunelles claires; Ne savoir où crier au Sauveur méconnu : « Uélas ! mon doux Sauveur, n’êtes-vous pas venu?» Ah ! j’ai peur d’avoir peur, d’avoir froid, je me cache Comme un oiseau tombé qui tremble qu’on l’attache. Je rouvre Iristcment mes bras au souvenir... Mais c’est le purgatoire et je le sens venir. C’est là que je me rêve après la mort menée Comme une esclave en faute au bout de sa journée, Cachant sous ses deux mains son front pâle et flétri El marchant sur sou cu^ur par la terre meurtri. C’est là que je m’en vais au-devant de moi-même N’osant y souhaiter rien de tout ce que j’aime. Je n’aurais donc plus rien de charmant dans le cœur Que le lointain écho de leur vivant bonheur. Ciel ! où m’en irai-je Sans pieds pour courir?