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22 LES POÈTES MAUDITS Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves Qui vous accrochent Tœil du fond des corridors. Puis ils ont une main invisible qui tue ; Au retour, leur regard filtre ce venin noir Qui charge Tœil souffrant de la chienne batt«e. Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir. Rassis,les poings crispés dans des manchettes sales, Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever, Et de l’aurore au soir des grappes d’amygdales Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever. Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières Ils rêvent sur leurs bras de sièges fécondés, De vrais petits amours de chaises en lisières Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés. Des fleurs d’encre, crachant des pollens en virgules, Les bercent le long des calices accroupis, Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules, — Et leur membre s’agace à des barbes d’épis ! Nous avons tenu à tout donner de ce poème savamment et froidement outré, jusqu’au dernier vers si logique et d’une hardiesse si heureuse. Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la puissance d’ironie,de la verve terrible du poète dont