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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/59

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L'AIMÉE

I


Voici des cheveux gris et de la barbe grise.
Tu me les demandas en un jour d’enjouement,
Pour, disais-tu, les encadrer bien gentiment
Autour de ce portrait où ma grâce agonise.

Pauvre « photo » ! Mais, j’y pense, il sera de mise,
Quand mes yeux fatigués se seront clos dûment
Et que la terre bercera son fils dormant,
Il sera de saison, chérie, — alors exquise

Attention ! — de l’aire avec ces cheveux teints
Et cette barbe, teints en boucles blondes, brunes,
Ou telle autre nuance entre tant d’opportunes,

Faire par un coiffeur de choix, sur des fonds peints
D’avance, le tombeau, lors pleuré sans astuce,
Du jeune homme qu’il aurait fallu que je fusse.