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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/396

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histoires

ton sincère qui toucha la dame : « Tenez, bonnes gens, prenez ces pistoles ; tenez, mes enfants, prenez ces bonbons… »

Et, profitant du trouble et de la joie qui agitaient ces cœurs humbles et mouillaient ces pauvres visages, elle disparut…

La marquise de X. avait été l’une des plus belles personnes qui se pût voir, une des plus coquettes aussi, sinon la plus coquine, en amour, s’entend… Descendante d’une des plus hautes familles de France, sa prime jeunesse avait été vouée à l’éducation d’alors, toute de danses, d’ariettes et de telles exquises frivolités. Une instruction suffisante : elle sut tôt lire les romans, écrire des poulets et mal compter. À quinze ans, ses parents la marièrent contre un colonel de vingt ans, qui n’abandonna pas un instant la moindre de ses maîtresses en l’honneur de l’épousée, quelque séduisante que fût celle-ci, encore qu’elle se montrât fidèle, mais sans guère tarder à venger son amour-propre plutôt que son amour proprement dit, jusqu’à pouvoir lui en revendre.

Dès lors, elle se rua toute à l’intrigue et au jeu, aux parties fines où on s’encanaille un peu,