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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/394

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histoires

vers les yeux de cette grande dame, si vieille et si bonne, peut-être une fée ! (Car elle s’appuyait sur une belle canne à bec de corbin et avait une jolie robe à paniers où s’épanouissaient mille et une fleurettes.) Mais la dame reprit plus en douceur encore : « Je ne te fais pas peur, n’est-ce pas ? Où vas-tu comme cela avec ton pot ? Veux-tu venir avec moi en voiture ? » À ces mots Aline ne se sentit pas de joie ; elle ouvrit de larges yeux où brilla soudain comme un éclair de reconnaissance : « Je m’appelle Aline, et j’allais au lait… »

À l’ébahissement des laquais la dame l’avait fait monter avec elle pour la conduire à la ferme prochaine où se rendait la mignonne. Celle-ci n’était pas sans une sorte de crainte parmi son ravissement d’aller ainsi en carrosse : si la dame était une mauvaise fée, qui l’emportât vers quelque grotte terrible ou quelque forêt enchantée ?… Mais elle se rassura par degrés sous l’averse des bonnes paroles que chevrotait l’aïeule.

On arriva bien vite à la ferme, et l’on en revint de même, Aline avec son pot empli du lait que