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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/385

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comme ça

ferme et très doux à propos de cette si prochaine séparation d’avec ses bien-aimés paroissiens.

Il parlait posément, la main droite souvent portée sur sa poitrine, et la candeur de l’aube et relie de l’étoile à peine fleurie d’or, et sa candeur donnaient à sa voix tendre et sombre comme une charité de plus, eût-on cru. Il prêcha l’absence vaincue par les mêmes efforts dans un même esprit, puis le retour et le revoir en Dieu. Le tout en termes justes et simples comme les âmes simples et droites qui l’écoutaient, pleines de pleurs. Mais ce fut avec un tremblement inusité dans les notes qu’il entonna le Credo in ununm Deum, repris par toute l’assistance bien pieusement ce jour-là ! Très peu de temps après l’abbé Anne fut mandé de nuit pour administrer quelqu’un d’une paroisse voisine en l’absence par congé du curé de cette paroisse. Il y fut par une pluie battante et en revint, son manteau et sa soutane traversés, tremblant la fièvre. Une pleurésie ne tarda pas à se déclarer, dont il fut sauvé presque aussitôt par sa constitution forte, en somme, et sa convalescence allait toucher à sa fin lorsqu’approcha le moment pour lui de partir pour Paris, ce qu’il fit, en dépit des avertissements de l’officier de santé du chef-lieu de canton, parce que, disait-il, le voyage me fera du bien, mais en réalité parce qu’il pensait que