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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/384

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histoires


— Ça vous arrange-t-il au moins, mon pauvre monsieur le Curé.

L’abbé sourit tristement.

— Monseigneur le veut. Il nous faut obéir.

L’abbé passa toute cette journée à prier sans pleurer, mais non sans soupirer.

Il lui fallait donc quitter son modeste poste où sa simplicité (ainsi raisonnait ce vertueux) lui avait valu l’amitié véritable des bonnes gens, où même les trop nombreux incroyants l’estimaient et ne lui parlaient qu’en toute cordialité, quitter ses chers pauvres, ses chers enfants du catéchisme, aussi un peu, car on est égoïste, ses bonnes petites habitudes de travail manuel si charmant (il entendait par là son très sérieux jardinage) et d’une frugalité qui ne lui coûtait guère avec son triste estomac (il ne comptait pas ses privations en vue de ses charités), quitter aussi ses excellents confrères des environs, — pour s’aller engloutir dans ce Paris terrible, lui faible (tel encore croyait-il), ce Paris mangeur d’apôtres et dévorateur de prophètes, ce Paris, paraît-il, où les prêtres ne sont pas tous dignes de leur onction, où ils se perdent, dit-on, plus qu’ailleurs…

Puis le courage lui vint et il passa une nuit calme.

Le Dimanche suivant, au prône, il annonça la décision de ses supérieurs et fit un sermon très