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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/366

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histoires

nait je ne sais quelle force diabolique, saisit le verre à tisane et but…

De cet instant précis, je me sentis délié en quelque sorte et courus au lit, où je ne pus que constater la mort immédiate du major. Sans me livrer à des efforts inutiles, je regardai le flacon dont la main s’était servi (il me faut bien parler de la sorte). Il contenait un poison foudroyant, destiné à une médication pour l’usage externe, et se trouvait laissé, par mégarde, parmi les pots de tisane et les fioles de sirop de julep.

J’étais anéanti, comme bien vous pensez, et il s’écoula quelques minutes avant que tous mes sens, en quelque sorte, me revinssent. Quand ce fut fait, je pensai tout de suite à prévenir les entours du major, mais, avant de franchir la porte, je jetai d’instinct un coup d’œil sur la table où la main avait coutume d’être exposée : La main s’y trouvait sous verre, telle que depuis des années et des années…

— La bonne farce ! Eh ! l’ami Hans, tu as eu une belle hallucination, voilà tout !