Ouvrir le menu principal

Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/358

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
348
histoires

— Ah ! ah ! La bonne plaisanterie !..

— Fritz, te tairas-tu, à la fin ?

— Je la vois encore, cette main sèche et poilue de vieux militaire, je les revois, ces doigts qu’on eût dit crispés, fiévreux dans leur immobilité comme terrible d’effréné joueur, reposant de quel repos ! sur le velours rouge et vert d’un coussinet à glands d’or. La chair, si cela, si cet objet cruellement, quasi-fantastiquement étrange, pouvait se dénommer du nom de chair, la chair, dis-je, qu’on eût crue de glace sous le parchemin bruni qui avait été la peau, n’avait naturellement pas un frisson, mais vous donnait le frisson, si vous voulez bien excuser l’apparent mauvais goût de cette prétention néanmoins nécessaire. À l’annulaire, une énorme bague sertissant un lourd rubis que le soleil ou la lampe ou la réverbération des flammes résineuses de la grandissime cheminée allumait singulièrement ; les ongles, coupés carrés de façon soldatesque, n’avaient qu’imperceptiblement poussé depuis la fatale amputation. Et large, épaisse, nerveuse avec tout cela, et nerveuse de façon féroce, la