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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/356

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histoires

l’appui de ma thèse, qui est, j’y insiste, l’affirmation d’une solidarité existant, même après une séparation violente, entre les membres d’un corps et ce corps lui-même, je vais vous raconter une petite histoire.

— Nous t’écoutons et tâche d’être amusant ! vociférèrent les sceptiques camarades ; après quoi, d’une voix posée, Hans commença :

— Je fréquentais beaucoup avec le major Müller, qui fut, en son temps, vous le savez, le plus beau joueur de nos stations balnéaires. Je l’avais connu dès ma petite enfance. C’était un ancien ami de ma famille et chaque fois qu’il venait à la maison, il ne manquait pas de m’apporter des tas de friandises. Quand je commençai à devenir grand garçon, ce fut des livres de toutes sortes, principalement des romans et des ouvrages d’art militaire, qu’il me donna : « Je veux que tu passes un jour feld-maréchal, » me disait-il souvent en me tortillant l’oreille ; puis, lors de mon adolescence, il me faisait des cadeaux d’armes.

J’avais donc pour lui un respect affectueux qui me permit, dès que je ne fus plus tout à fait un