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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/342

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histoires

très digne et qui signifiait des délicatesses, car elle n’était pas sans l’estimer beaucoup, sans le respecter, pour bien dire ; puis elle voulut absolument qu’il déjeunât et dinât avec elle le lendemain, à ses frais à elle. Le reste passerait à l’achat de bottines dont elle avait besoin. Qu’il ne se formalisât pas de ses générosités. Quand il faudrait, elle ne se gênerait pas pour demander. Tout devait se passer entre eux, entre camarades. Elle était une ceci, une cela, mais elle avait son amour-propre. Vilain métier que le sien « va ! » mais un métier où on est honnête ou pas. Elle était honnête.

S’apercevant qu’elle était un peu prise de boisson, il la caressa une dernière fois et ils s’endormirent bientôt. Au lever, elle reprit sa causerie et même parla souvenirs.

Elle était d’Amiens. Ô La Hautoye ! Un jeune carabin en vacance l’avait séduite à quinze ans et lâchée presque aussitôt. Depuis, après plusieurs autres hommes, elle était venue à Paris pour faire la noce. Mais ça n’allait plus. Même sous la Commune ça allait mieux. Enfin, peut-être l’Exposition, le Métropolitain… Ah ! elle oubliait…

— Je ne t’ai pas encore parlé de Célestin ?

— Non, qu’est-ce que Célestin ?

— Mon amant.