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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/333

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comme ça

dans son lit tout blanc qu’entouraient d’immenses rideaux vert sombre et ponceau. Sa chevelure assez clairsemée sentait bon la pommade, et de la brillantine parfumait sa barbe rare. Une chemise très fine, non amidonnée, son seul luxe de jour et de nuit, drapait son torse et ses bras amaigris mais encore dodus, car, comme Hamlet, il était gras. Une étincelle gaillarde pétillait dans ses petits yeux à la chinoise.

On frappa.

— Entrez.

La dame entra. Robe noire, pèlerine en faux astrakan, foulard écarlate autour du cou.

Ce dialogue s’engagea :

— Bonsoir, monsieur Ernest.

— Bonsoir, mademoiselle Marie. Et comment allez-vous depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ?

— C’est à vous qu’il faut demander cela, mais je suis heureuse de vous voir si bonne mine.

— Oui, ça commence à r’aller. Faut espérer que ça rira, comme on dit chez moi. Dit-on comme ça chez vous ?

— Pour aller mieux, pour ça ira mieux ? Non, on dit aller mieux, ça ira mieux. À propos, êtes-vous toujours fâché après moi ?

— Et vous ?

— Moi ?