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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/322

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souvenirs

bertistes et proudhonniennes, cette révolution tenant de Chaumette, de Babœuf et de Blanqui. Et puis quelle réhabilitation de la Garde Nationale enfin sérieuse et redoutable, après Daumier et tant de vaudevilles Louis-Philippe et faux-toupet !

C’est au moment où nous enterrions le pauvre Charles Hugo qu’avait lieu le drame de la rue des Roziers. À la sortie du cimetière, la triste nouvelle tintait déjà dans l’air assombri. En même temps, les barricades ébauchées le matin devenaient formidables et s’armaient de canons, de mitrailleuses et se hérissaient de baïonnettes au bout de fusils chargés. Les passants chuchotaient des paroles d’alarmes et filaient vite. Les boutiques se fermaient et maints cafés n’étaient qu’entrebâillés. Ça sentait la poudre et ça fleurait le sang. En même temps des incidents comiques se produisaient. Pour ma part, j’assistai, non certes à la frousse, mais à l’indignation un peu puérile d’un de mes bons amis, poète de grand mérite. À propos du meurtre évidemment déplorable du général Lecomte et de Clément Thomas, ce ne fut pas une fois, ni deux, mais cinquante, mais cent fois qu’il me répéta, alors que moi je trouvais tout ça, même la fusillade de Montmartre, très bien (horresco referens !) : « Mais c’est affreux ! mais c’est l’affaire Bréa,