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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/318

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souvenirs

que j’ai malade glisse douloureusement. Finalement, un autre monsieur, vieux et sec celui-là, ordonne à un huissier à verge de me dépouiller. La chaîne de mon parapluie s’entortille autour de mon poing et l’homme tire très fort dessus, ce qui me fait mal et j’ouvre les yeux.

Je suis le roi de France, et il paraît que j’ai abusé de ma position au point de retenir prisonnier, je ne sais plus dans quel dessein très profond et probablement patriotique, le fils du roi d’Angleterre qui, lors d’une fête donnée par son ambassadeur dans un décor d’opéra, me reproche avec une amertume des plus éloquente ce manque absolu de procédé. Il est très pathétique, Monsieur mon frère, et très beau dans sa barbe brune et son habit noir du bon faiseur. Je réponds insolemment et astucieusement, et je sens au fond que je n’ai pas raison au point de vue théâtral. Tout cela devant de magnifiques courtisans en uniformes et des dames princièrement décolletées. Mon habit noir à moi n’est pas bien. Même il est fripé et limé. Je profite de la diversion du prélude d’une valse pour sortir en chercher un autre, et c’est dans mon lit que je me trouve.

Allons bon ! D’un ou de deux coups de revolver à peine tirés à dessein, je viens de tuer cette pauvre grosse et jadis belle Madame ***, à qui j’ai donné tant de camélias et de Parmes. Je suis