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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/317

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souvenirs

je suis sur qu’à mon réveil, qui est très brusque, me voici rouge comme un menteur pris.

Je me promène avec des gens dans une ville où j’ai habité seize mois sans en avoir entrevu que la gare. C’est en Belgique. Style Renaissance. Briques et tuiles, angles de pierre. Églises rouges. Madones de velours et de bijoux au coin des rues. Puis ponts de fer, tramways partout, télégraphes et signaux de fonte peinte en sombre, dorée, rouge, — le tout géant. Il y a quelque fête. Nous suivons la foule vers un embarcadère vertigineux d’où nous revenons à contre-sens de la plus grande partie de la foule encore pour la fête. Des gens ayant bu m’insultent. Un agent de police à chapeau fané de garde-française m’arrête au moyen d’une corde autour de mon cou et me mène dans un hôtel de ville en bois au rez-dechaussée duquel il y a un estaminet ; mon agent m’emporte à rebroussepoil d’un escalier très noir et m’introduit dans la table du conseil échevinal (nous sommes en Belgique). Des messieurs très chic dans des box. L’un d’eux m’interroge. Il est brun, beau, jeune, barbu, au costume magistral dont je ne me souviens plus. Il me reproche l’impression en France de fameux volumes obscènes où les institutions belges sont attaquées. On me bouscule ensuite de salle en salle sur des parquets très cirés où une jambe