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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/310

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souvenirs

tistique (je m’exprime mal, avec encore ce mot désagréable), spécial, intrisèque, dirai-je avec Sainte-Beuve, modéré, discret, sourdine et nuance, propitiatoire tout à fait.

Vinrent, pour la suite de mon adolescence, Notre-Dame de Paris, et le théâtre. Je passe sous silence ces essais parfois très intelligents, les Odes et ballades, Bug Jargal, Han d’Islande, Cromwell. Je goûtai moins alors le roman que je ne le prise aujourd’hui. Comme Leconte de Lisle, je pense que Goëthe fut trop sévère envers ceux-là et qu’il y a là une originalité très distincte de Walter Scot et très supérieure aux Anne Radcliff, aux d’Arlinsourt ambiants, et sinon égale à du Chateaubriand, du moins absolument indépendante de lui et d’une intensité toute différente.

Je fus fou du théâtre, je le confesse sans trop de honte, et par instants je le préfère encore immensément à ce qu’on fait, à tout ce qu’on fait, peut faire dans le goût et dans les tendances d’à présent : Ruy Blas est une charmante comédie suffisamment psychologique et que ne me gâte pas trop un sot dénouement. Hernani chante « clair et beau » et si Marion Delorme, sauf le premier acte, et le Roi s’amuse m’assomment franchement, j’incline vers plusieurs scènes des Burgraves. Quant aux drames en prose, ils délectent