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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/308

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souvenirs

armes scolaires en cette rue reculée des Batignolles, où tant déjà d’années n’ont rien changé de la cour grandelette plantée de quelques acacias — mes petits camarades parisiens prononçaient agacias, et moi venu, ô par le hasard des garnisons paternelles, d’un midi dont je n’étais « bouffre » pas ! je prononçais acacia, — ni de l’humble maison d’école aux volets verts, au perron qui, les jours de distributions de prix, servit d’estrade à mes jeunes essais de déclamations dans les fables de La Fontaine ou les élégies si joliment puériles du bon Giraud… C’était à l’époque du Coup d’Etat ou peu après. Si bien que tant chez moi qu’à l’école, par la bouche du patron ou du sous-maître, ce vocable Victor Hugo sonnait mal, signifiait rouge, fou aussi et, mon Dieu, parfois saltimbanque. Plus tard, quand je fus en pension, j’écoutais les grands, les rhétoriciens, déjà libérés de la tunique et faisant faux-col, le faux-col en triangle de guillotine de cette époque, qu’affirmaient, d’autre part, de hardis essais de sous-pieds, déclamer des vers du grand homme :

Une surtout, une jeune Espagnole…
…Envolez-vous de ce manteau

… Et s’il n’en reste qu’un..

Mais ce ne fut que bien après, j’avais au moins