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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/301

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souvenirs

revoyait de loto le peintre et se souvenait omnis mansuetudinis ejus. L’entretien de tout à l’heure lui revenait dans ses moindres détails, dans ses plus fugitives intonations. Et le regret, presque le remords, mais bien attendri, de sa propre importunité, l’exquise patience de l’autre, sa sympathie, et la pudeur, pour ainsi parler, la candeur, l’innocence de cette sympathie, tout attisait ce noble feu, grandissait cette flamme souveraine, d’autant plus pure, lumineuse et délicieusement réchauffante que nul détail oiseux, inséparable d’une liaison de quelque durée, n’obstruait encore son élan s’essorant. À l’heure dite, le prix de la chambre dûment complété, les deux amis reprirent le chemin du quartier du poète. Ils suivirent des rues, des quais, des ponts et des rues autres que la veille et se retrouvèrent près du Panthéon, en ayant obliqué par Bercy, toute agglomération de quartiers de travail aéré avec des valses d’orgues de barbarie volant par bribes dans des arrachements de vapeur et de fumée. De quoi parlèrent-ils, après un café au lait et un bouillon pris dans une crèmerie, sinon encore d’eux-mêmes ? Et cette fois le peintre, à son tour, se confessa pour ainsi parler. Le poète, bien rasséréné, l’écoutait avec la volupté de l’avoir compris, d’avoir démêlé ses « choses », la veille. Oui, la tristesse, ou