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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/300

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souvenirs

quelque hôtel, s’offrant même à le reconduire chez lui, — et quel chemin avec ce boiteux ! car il n’avait pas un sou sur lui et logeait chez un ami pauvre qui n’eût pu disposer d’une place convenable de plus pour coucher quelqu’un, tandis que le poète ne portait qu’une somme très peu vraisemblablement suffisante à trouver un gîte sérieux. Mais rien ne prévalut sur le poète, qui s’excusait d’ailleurs poliment et affectueusement sur l’indiscrétion de sa geinte, quand ils résolurent de sonner à un hôtel d’aspect honnête qui s’offrait à peu de distance du domicile du peintre. Ils venaient de franchir de larges espaces déserts, de ces boulevards plus ou moins neufs à perte de vue, foncièrement vilains et mesquins mais, de nuit, effrayants comme un mauvais rêve et d’une triviale horreur. On leur demanda pour une nuit un tiers en plus de leur pécules réunis, mais sur leur mine et sur leur promesse d’un complément pour le lendemain matin, crédit fut fait au client attardé. Rendez-vous pris aux environs de neuf heures de relevée, ils se séparèrent, et le poète, douillettement couché dans une belle chambre, se reposa bien s’il dormit peu ; puis une insomnie fut loin d’être pénible. Il y goûta même une sorte de douceur et qui finit par envahir tout entier son esprit, puis son cœur. Un ami venait de lui naître. Il