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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/298

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souvenirs

récité, devant des tiers des moins incompétents, des vers du poète, lesquels avaient eu du succès, ce qui avait fait plaisir à celui-ci vraiment. Aussi était-il tout ému quand, à la départie, se fut agi de rentrer chacun chez soi. Son chemin se trouvant être celui du peintre, ils durent faire route de compagnie et la conversation prit un tour assez rapidement intime. Échange de renseignements sur la situation mutuelle et les circonstances réciproques. Le peintre était de beaucoup plus jeune que le poète et par déférence le laissait parler bien plus qu’il ne parlait lui-même, et le poète parla terriblement ce soir ou plutôt cette nuit-là. Car, ayant dépassé l’hôtel où il logeait au jour le jour, il conduisit, à petits pas, rhumatisant qu’il était, son interlocuteur jusqu’à quelques pas de sa porte, loin, bien loin, non loin des fortifications. Le temps était superbe bien qu’il n’y eût que peu d’étoiles. Le long des quais et sur le pont Sully l’entretien eut comme un grand frisson. Un frisson d’eau courante attirante et froide. Ils causaient misère et généreuses imprudences et loyauté dont on ne veut plus et sacrifice dont on se moque, et gloire ! Ce dernier sujet les amena sur la place de la Bastille, absolument vide comme le mot, mais impressionnante et mémorable aussi. Le geste du poète, peu gesticulateur d’ordinaire, s’exal-