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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/269

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souvenirs

sur des lèvres sèches comme du parchemin et sous un nez crochu et des yeux à peine visibles à cause de sourcils noirs en broussaille et qu’on devinait, qu’on sentait méchants, et qui boitait des plus disgracieusement, — de qui Il fit l’éducateur public en chef de la ville.

Bientôt les enfants n’obéirent plus, ne mangèrent plus proprement, eurent des jeux brutaux (des saute-mouton où les filles faisaient leur partie avec les garçons, des barres pour les deux sexes et maigrissaient à vue d’œil. Passablement d’entre eux moururent. En revanche, ils savaient des choses qui ne devaient jamais leur servir à rien, ou ne pouvaient que leur aider à mal faire. « Voler » perdit son nom, on disait « chiper ». Répondre aux parents sembla le comble de la crânerie et jouer de mauvais tours aux gens âgés être « dégourdi ».

Le temps passa : « les vieux » (nouveau style « claquèrent » pour la plupart. Les survivants, grossis de quelques jeunes, dès lors grandes personnes, hommes et femmes, qui avaient gardé les traditions d’il n’y avait pas encore longtemps formèrent un groupe, tôt accru des mécontents de toutes sortes d’opposition, qui fit son travail, puis son bruit, puis sa révolution.

L’État essaya bien de résister, mais cette révolution était invincible, ayant été lente et pa-