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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/266

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souvenirs

cipiter à travers l’une des grandes glaces-fenêtres sur le boulevard…

Il me quitta, l’air vraiment égaré.

Quelques mois après je fus accosté par l’obsesseur qui me reconnut sur le champ. Et moi donc, si je le reconnus ! il n’avait pas changé depuis le lycée. C’était toujours la même face rose, imberbe, avec dents malsaines, aux yeux bleus de littérale faïence.

— Ah, pauvre cher, me dit-il, sais-tu ce qui est arrivé dernièrement à X. ? D’abord, sais-tu qu’il vient de mourir ?

— Ah bah ! et de quoi ?

— Dans un accès de folie furieuse. Ça avait commencé par une scène affreuse avec moi. Il voulut, devant cent témoins, dans un restaurant, m’étrangler et peu s’en fallut que je n’y passasse… On le soigna chez un pharmacien, car il donnait tous les signes de l’aliénation mentale ; après lui avoir donné les plus forts calmants, on l’envoya d’urgence à l’infirmerie du dépôt. De là, son état ne faisant qu’empirer, il fut dirigé à Ville-Evrard, où j’obtins pour lui un régime un peu meilleur que le commun… Je ne suis pas riche ! On fait ce qu’on peut… De plus, j’eus l’autorisation de l’aller voir tous les deux jours. Dès qu’il me voyait, il reculait au fond de la chambre à barreaux, et me tournait le dos, sem-