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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/264

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souvenirs

veau modèle, à des plumes chics, à des buvards de première qualité, à des gommes pour le crayon et l’encre, superlatives. Tout cela débité d’une voix blanche, sans intonation ni rien pour accrocher l’oreille un peu.

Plus tard, en seconde, en rhétorique, ce fut une autre fête pour le pauvre Taciturne qui ne rêvait que poésie et que l’horreur du baccalauréat à préparer n’empêchait pas de lire, de droite et de gauche, de forts fragments de la littérature d’alors. L’autre ne lui parlait que de romans étrangers commerciaux, que de traductions de livres de voyage (les livres de voyages, uniquement de voyages).

Je me demandais souvent pourquoi le Taciturne, un garçon intéressant en somme, n’envoyait pas promener cette scie vivante, ce crampon, ce fléau venu de Paris, et je m’en ouvris un peu à lui.

— Que veux-tu ? me répondit-il, il m’a dompté, je suis sa chose, comme on est la chose d’un chien hargneux ou d’un chat pelé qu’on garde par habitude, sans s’y intéresser et surtout, ô surtout sans l’aimer.

Ces comparaisons disgracieuses, et principalement cette répétition « et surtout, ô surtout sans l’aimer », me frappèrent sans m’éclairer alors sur le mvstère de cette domination d’un