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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/260

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souvenirs

et les occasions pour une petite entreprise de photographie exigeaient du déplacement. Ces braves gens lui prêtèrent dix francs, et d’autres braves gens, des aubergistes nécessiteux chez qui il avait largement consommé comptant, sans trop compter, naguère, quinze. Cela lui permettait de se rendre dans un chef-lieu de canton où un notaire avait de l’argent à lui. Encore ce notaire se dessaisirait-il ? Il remercia et partit. La petite ville où il devait prendre le train se trouvait en fête. Chanteuses et jeux firent tant qu’il y passa une nuit, au bout de laquelle il se trouvait juste nanti du prix de son billet. Il arriva à la gare d’où il devait faire deux lieues à pied sur une route de Champagne, blanche et sans arbres que des bouleaux si malades ! Il lui restait trois sous qu’il boit, puis il enfile la longue venelle par un soleil de 1er juin (on enterrait Victor Hugo), coitfé d’un haut de forme et vêtu d’un pardessus à fourrures. Il avait chaud, mais l’espoir en le notaire lui donnait des jambes. À moitié chemin, comme il n’en pouvait presque plus, le voilà, dans un village à traverser, accosté par un mendiant qu’il connaissait. Cet homme lui dit : « Comment va ? Il fait soif, payez-vous quelque chose ? — Mais je n’ai pas un rotin. Sans cela, vous savez bien… Je vais même à J… pour y chercher de l’argent qu’on