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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/257

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souvenirs

n'étais pas envoyée pour être la Némésis qui dût les punir.

Et le ciel n’a pas choisi un instrument aussi intime.

La misérioorde est pour les miséricordieux. Si tu as été de ceux-là, elle te sera accordée maintenant. Tes nuits sont bannies des royaumes du sommeil.

Oui, ils peuvent te flatter, mais tu sentiras une angoisse étreignante qui ne guérira pas, car tu as pour oreiller une malédiction trop profonde. Tu as semé dans ma tristesse l’amère moisson d’un malheur aussi réel !

J’ai eu de nombreux ennemis, mais aucun comme toi ! Car, contre les autres, je pouvais moi-même me défendre et me venger ou les tourner en amis.

Mais toi, dans ton implacable sécurité, tu n’avais rien à craindre, abritée comme derrière un bouclier dans ta propre faiblesse et dans mon amour qui n’a que trop cédé, et épargné plusieurs que je n’aurais pas dû épargner.

El ainsi, sur le monde, confiant en ta véracité, et sur la mauvaise réputation de ma jeunesse qui fut sans frein, sur des choses qui n’étaient pas et sur des choses qui sont,

Oui, sur de telles bases tu me bâtis un monument dont le ciment fut crime, Clytemnestre