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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/243

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souvenirs

nent bien l’idée d’une ville vieillie dans l'opulence et dans la sagesse !

Mais le triomphe, c’est l’antique façade principale avec ses huit hautes fenêtres ogivales hardiment campées sur sept arcades de même architecture, et les vingt-trois croisillons rouge pirouettes d’or éclatant sur son immense toiture. Un prodigieux beffroi, paradoxalement mince, dentelé de mille caprices, dresse jusqu’aux nuages, un peu à droite du corps de la façade, en vertu de cette irrégularité qu’observera tout architecte visant au grand, sa masse énorme et légère. Le prestige de l’unique et la puissance de l’unité allongent encore, en même temps qu’elles l’amplifient au second coup d’œil, cette tour forte et charmante, emblème orgueilleux de la cité.

Par un bonheur que connaissent peu de monuments de cette importance, l’hôtel de ville d’Arias se trouve occuper tout un côté d’une énorme place rectangulaire dont les maisons espagnoles du XVIIe siècle alignent leurs pignons et leurs arcades dans un ordre parfait formant un cadre précieux à l’incomparable édifice. Cette place s’appelle la « petite place ». On croirait, en en envisageant ses proportions gigantesques, à une ironie, à une de ces plaisanteries dont nos ancêtres étaient coutumiers dans l’appellation