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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/226

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souvenirs

les ânières que secouent rudement leurs montures surchargées de verdure à leurs deux flancs ; quelques-unes, vieilles commères ou femmes mûres, arborant à leurs dents la courte pipe noire, au « toupet » traditionnel dans tout ce pays picard et flamand, d’Amiens à Dunkerque. Tout ce monde patoise, sans beaucoup trop jurer — son ignorance l’absout un peu — limoniers et bourriques tirant et trottant sous le cri : « hie ! » qui doit peut-être s’orthographier : « I ! » et convaincre notre « hue » parisien et plus généralement français de corruption de l’impératif d’ire. Sur les places affectées aux marchés ruraux, le train-train, arrosé de bière, — une bière aigrelette assez forte, — des transactions de ce genre. Le soir, quelques hoquets d’ivrognes et de rares disputes aux limites extrêmes de la ville — mais, en somme, toujours règne ce calme provincial et plus particulièrement savoureux ici, que ne saurait tout à fait apprécier un Parisien pur-sang, s’il n’a vécu en de petites villes assez de mois pour se bien pénétrer du bon sens et de la bonne humeur d’extra-muros. La garnison anime aussi quelque peu les cabarets trop nombreux et mêle ses sons clairs de cuivre au bronze des nombreuses églises et chapelles de cette religieuse capitale de l’Artois, aujourd’hui convertie en chef-lieu