Ouvrir le menu principal

Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/202

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
192
souvenirs

jours réglementaires, de une heure sonnant à 3 heures et des minutes, une belle fille, ma foi, dans les vingt-quatre, vingt-cinq ans, à un épouvantable petit souteneur de dix-sept ans au plus, naguère traité à la chirurgie pour un coup de revolver reçu dans une rixe de bal musette, depuis en médecine pour une autre maladie, vénérienne des mieux caractérisée. La pauvre fille, arrivée toujours la première, apportait à son affreux avorton d’amant de l’argent, des victuailles — et des fleurs. Ô fleurs ! Un jour qu’elle tardait de deux ou de trois minutes, il s’écria : « C’que j’te la scionnerai à la sortie !… »

Moi, puisque ce moi qui est mon poison m’est présent pour toujours comme un remords, comme je viens de le dire, j’ai la faculté de recevoir tous les jours, et mes amis viennent de préférence en dehors du règlement. Ce qui fait que je puis les promener dans le jardin et causer à l’aise. Les jours réglementaires on est forcé de rester au lit et c’est dans cet appareil qu’on est visible.

En outre d’une admirable chère amie qui n’a pas peut-être en, en moyenne, deux ans pleins d’hôpital mien, manqué dix fois de me visiter, — quelques amis, faits par moi le plus rare possible par voie d’adresses non données à d’aucun, des amis de derrière les fagots et les ragots, charment ma solitude de leurs potins moins littéraires