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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/196

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souvenirs

Flèches d’or n’était rien moins qu’un dandy, tout en restant, bien entendu, un gentleman lui aussi. Il me souvient de l’avoir vu dans ces chères réunions, vêtu d’une blouse bleue de roulier, avec, aux pieds, de purs sabots. Par exemple, en voilà un qui vous l’imitait, ce Banville ! Celui-ci, d’ailleurs, se plaisantait lui-même à cet égard. C’est ainsi qu’un soir, les frères Lionnet, en train d’imitations, s’avisèrent — ou mieux : s’avisa — de contrefaire les intonations si amusantes de Banville, qui s’écria : « C’est bien… mais ce n’est pas encore ça… » Et l’excellent hôte de « s’imiter » délicieusement et de se surpasser lui-même, tâche peu facile, en esprit gentil tout plein, bonhomme et divinement farceur. Et c’est vers ces époques que Banville écrivait son chef-d’œuvre, peut-être, ses magnifiques Exilés, livre véritablement épique et du plus haut lyrisme. Le Charivari d’alors imprimait une nouvelle série d’Odes funambulesques qui ne le cédaient en rien aux premières ; et le National insérait chaque dimanche soir de miraculeux articles de critique dramatique. Le Théâtre-Français jouait Gringoire ; des nouvelles, des contes, ajoutaient en outre à la gloire du puissant créateur. Parfois, sa mère honorait ces soirées de sa toute bienveillante et toute gracieuse présence, et c’était vraiment admirable, quoique