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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/194

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souvenirs

cisive. J’étais proprement transporté. Un peu plus tard, je lus les Odes funambulesques qui me ravirent en extase, Le Beau Léandre, Le feuilleton d’Aristophane, toute cette œuvre merveilleuse. J’eus bientôt l’honneur d’être présenté au grand poète par de chers camarades, Coppée, Mendès, Dierx, José-Maria de Heredia, Mérat, et ce pauvre Valade. Il était impossible de trouver un plus charmant, un plus brillant causeur, en même temps qu’un hôte aussi affable, d’une malice douce et sans fiel, véritablement unique. Son visage, qui rappelait celui du Gille de Watteau, était un aimable et singulier mélange de bonté presque puérile et de finesse infinie. Du reste, un parfait gentleman aux gestes gamins toujours de bon aloi. Sa voix, plutôt haute, sortait d’entre ses dents un peu serrée, stridente mais bienveillante. Les épigrammes, les anecdotes, jusqu’à des confidences tout amicales en sortaient pour la joie de ses invités du salon de la rue de Gondé (je parle de longtemps), dont les honneurs étaient faits par la fidèle compagne de sa vie. Un fils de premier lit, qui est maintenant un grand artiste — j’ai nommé Rochegrosse — s’était vu adopter par Banville en toute paternité infatigable et dévouée. Je me rappellerai toujours ces milieux de soirées où le Maître déshabillait le tout petit garçon, le faisait baiser au front par