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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/156

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le livre posthume

De sa vie, il ne l’a résolu que si peu
Qu’il n’est pas sûr de quoi que ce soit devant Dieu.
Sa mémoire ne lui dit rien qui le console
Ou le désole, ou quoi que ce soit. Sa parole
Hésite, et l’action semble ôtée à son bras.
Pourtant la volonté, parmi tous embarras,
Ennui, remords peut-être, à coup sûr vœux en quête
Ou las, persiste et bande et tend toute sa tête.
Il vit et prétend vivre, et cela très longtemps,
Et non pas être heureux de par ses vœux contents.
Au feu ses passions, en tant pourtant que feues,
Satisfaites, non, il aspire à mieux qu’aux queues
Des comètes, et c’est le soleil qu’il lui faut,
Le bonheur !…
Et voici qu’à cette heure prévaut,
Dans l’existence de cet homme tout tendresse,
L’amour, et qu’il a bien la meilleure maîtresse,
Gaîté, bonté, raison, et qu’il aime à mourir
De son absence, si ce risque allait courir.
(Mais elle ne s’en ira pas, dis, ma chérie ?)
Or, depuis qu’elle est là, l’humble et droite Égérie,
Le charme et le conseil, c’est curieux ce qu’il
Gagne en cordial de ce qu’il perd en subtil.
Il s’intéresse à toute chose — à tort ? peut-être ? —
Autant et mieux qu’à l’art qui fut l’unique maître
De ce cerveau despotiquement fier jadis,
Et maintenant doux, tolérant, un paradis,
Une chambre commode, et bien chaude, et bien fraîche,
Fraîche comme un bosquet, chaude comme une crèche
Pour toute simple idée et tout raisonnement
Clair, et pour toute gentillesse, bonnement.