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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/155

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LE LIVRE POSTHUME


Le poète a fini sa tâche,
L’homme, non.
L’un se repait du bruit fait autour de son nom,
Il compte ses succès sincères ou factice,
Depuis l’humble début et les chastes prémices
Jusqu’à ses derniers vers, qu’il sent bien fatigués !
Le temps n’est plus des madrigaux jolis et gais,
De l’élégie au tour voluptueux et tendre,
De l’ode au vol vainqueur, du sonnet qu’à l’entendre
(Le poète) on eût cru du Pétrarque, mais mieux.
Il voudrait, et de bonne foi, se faisant vieux,
Que tout fût dit pour lui sans plus pousser sa gloire,
S’en fiant là-dessus à l’humaine Mémoire.
C’est un cœur, un esprit, une âme retraités,
Soignant à loisir ses deux immortalités,
Peu soucieux pourtant, quelque ardeur qui l’allume
Quant à son âme encor, de celle de sa plume.
Pour l’homme, — le poète à part et lyre et luth
Bien écartés, — mal occupé de son « salut »
Peut-être autant que ce poète l'est lui-même,
Son rôle n’est joué qu’à demi, le problème