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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/150

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dédicaces


Vient mêler son sanglot qui finit en prière
Universelle, et la beauté même d’un art
Issu du sang lui-même et de la vie entière,
Rires, larmes, désirs et tout, comme au hasard.

Car elle fut artiste, et, sous la fougue ardente
Dont va battre son vers vibrant comme son cœur,
On perçoit et l'on doit admirer l’imprudente
Main au prudent doigté tout vigueur et langueur.

— Les villes, ainsi que les peuples, ont la gloire
Qu’elles valent, et toi, Douai, tu méritas
Celle-ci, pays calme où vécut de l’histoire
Tumultueuse en masse et formidable au tas,

Cité d’églises et de beffrois, et campagnes
Pleines de « jeunes Albertines », mais, encor,
« Où s’assirent longtemps les ferventes Espagnes ».
Tel l’œuvre et tel le cœur, fleurs et pleurs, flûte et cor,

En harmonie avec la femme et le génie.
Il est juste, il est temps — pour l’honneur de ses vers ?
Non, ils sont ton honneur même et ta fleur bénie,
Sa patrie, ô Douai, « doux lieu de l’univers » —

Il n’est que temps, il n’est que grand temps et que juste,
Ville, son cher souci dans ce cruel Paris,
De dresser quelque part sa ressemblance auguste
En quelqu’un de tes « coins » qu’elle a le plus chéris,