Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, IV.djvu/411

Cette page a été validée par deux contributeurs.
401
mes prisons

j’ajoutai que j’étais Messin, que j’avais à opter entre la France et l’Allemagne, et que, ma foi ! maintenant, j’hésitais, vrai ! en présence de cette arrestation ar-bi-traire, etc., etc. (M. le Procureur, — à présent, M. le Président, pourrait témoigner de la véracité de tout ce récit.)

Après un peu de silence orageux, un coup de timbre du magistrat, figure à favoris, jeune encore, le cheveu brun et frisé et de précoces lunettes, fît entrer les gendarmes auxquels il fut dit : « Vous reconduirez ces individus à la gare, d’où ils devront partir par le premier train pour Paris. » J’objectai que nous n’avions pas déjeuné. « Vous les conduirez déjeuner, mais qu’ils partent aussitôt, et ne les perdez pas de vue que le train ne s’ébranle. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Peu soucieux de nous exhiber de nouveau au buffet entre nos acolytes officiels, non plus d’ailleurs que de retraverser à jeun les rues encombrées de tout à l’heure, nous cassâmes une croûte dans un « bon endroit » que nous désigna le brigadier, prîmes le café puis la goutte auxquels nous conviâmes les gendarmes et, non sans ennui à cause de nos pantalons que l’escorte autour devait faire paraître « patibulaires » aux encore nombreux passants rencontrés, parvînmes à notre destination. Après de cordiaux adieux aux, somme toute, gentils alguazils, nous nous enfournâmes dans une seconde, pleins d’ad-