Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, IV.djvu/255

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


LES ESTAMPES


Quel plaisir — par une après-midi un peu grise, soit de septembre, soit encore de la fm de mai, sans émotion du matin, sans projets pour le soir, lesté d’un frugal déjeuner, en flânant et dans le seul but de tuer le temps, — quel plaisir, quel véritable plaisir que de feuilleter des estampes à la porte d’un tel petit magasin, orgueil et gaîté d’un quai non encore exproprié pour cause d’utilité publique.

Le marchand, vénérable et méfiant, fume sa pipe sur le seuil et tourne à droite et à gauche des yeux derrière des lunettes dans l’ombre projetée par les bords cassés de son chapeau de paille ancien. À l’intérieur de la pièce, le nez dans les cartons, furètent les amateurs, en quête d’une épreuve avant la lettre à eux seuls connue…, et aux brocanteurs. La maîtresse de la maison va et vient, causant avec les clients familiers, et tout au fond de l’arrière-boutique qu’encombrent vieux bahuts, vaisselles historiques et cages vides, leste dans l’angle d’une vieille armoire, l’apprenti de seize ans lutine la demoiselle langoureusement mûre.