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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/99

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I

À JULES TELLIER


Quand je vous vois de face et penché sur un livre
Vous m’avez l’air d’un loup qui serait un chrétien,
Pardon, rectifiez : qui serait un païen,
En tous cas d’un loup peu garou qui saurait vivre.

Je vous vois de profil : un faune m’apparaît,
Mais un faune sélect au complet sans reproche
Avec, pour plus de chic, une main dans la poche
Et promenant à pas distraits son vœu secret.

Vu de dos, vous semblez un sage qui médite,
À jamais affranchi des fureurs d’Aphrodite
Et du soin de penser uniquement jaloux.

Vu de loin, on vous veut de près à justes titres.
Et, car la vie, hélas ! a de sombres chapitres.
Quand je ne vous vois pas je me souviens de vous.


1er janvier 1889.