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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/86

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XV


Je blasphémais Dieu, c’est le Père et le Maître,
Tous deux venons de lui, c’est la source de l’Être
Et je ne t’aime autant que par sa volonté.
Jésus a sur la croix d’avance racheté
Mes péchés — et les tiens, car tu pèches, chérie,
Bien qu’à mes yeux qui te sont toute idolâtrie,
Tes fautes soient encor de justes actions ;
Mais mes yeux ne sont pas des yeux d’ange : prions
Donc qu’il nous soit donné dans la paix que procure
La conscience de bien faire, la foi pure
Et simple, de façon à vivre — saintement ?
Hélas, non ! mais, du moins, gentiment, bontément,
Afin que le prochain qui voit nos calmes joies
Et nos calmes chagrins et nos cœurs plus les proies
Comme autrefois, de ces torts affreux et cruels,
S’édifie, à défaut, nous laisse à nos réels
Soins d’être heureux seuls et nous imite… à distance.

Vive, oui, n’est-ce pas, vienne cette existence !