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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/50

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élégies

À tour de rôle ou d’une fuite mutuelle,
Pauvres pénates tôt rejoints ! Âpre, cruelle,
Abominable vie, adorée, entre nous !


Mais enfin il est temps pour nous comme pour tous
D’asseoir et d’assurer sur quelque base forte,
Pur dévouement ou simple habitude, n’importe !
— L’habitude souvent confine au dévouement
Et le dévouement n’est jamais qu’un dénouement. —
Cette nôtre existence, en somme indispensable
À nos tempéraments, comme aux genêts le sable,
Ce statu quo peut-être un peu trop militant
Mais qui nous plaît et qui nous sied, même, pourtant.
Sauvage, oui, notre vie ? Hé ! rendons-la moins rude,
Moi par le dévouement et toi par l’habitude.
Soyons de vieux amants étant de vieux amis.
Je me ferai de plus en plus souple et soumis
Et le sujet plutôt que l’amant de la reine.
Mais toi, tout en restant terrible, sois sereine !
Ironique un petit, et, sûre de ton Paul,
S’il faute, punis-le comme on fustige un fol
De cour qu’il est coutume après tout de peu battre.
Moi je vais me forcer, m’user, me mettre en quatre
Pour obtenir, de mon côté, ce résultat
D’au moins t’humaniser et te mettre en état
De me montrer, du tien, quelque peu d’indulgence
Compatible avec mon degré d’intelligence