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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/34

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élégies

Qui, dès longtemps n’avaient que toi pour but au monde
S’égaillèrent bientôt de la brune à la blonde.
Enfin vint le départ, la fuite, l’abandon
De toi par moi, mes rencontres d’une Goton
Par nuit, vingt nuits avec des femmes différentes.
Et je m’habituais à ça comme des rentes
Sans même me douter si c’était odieux,
Tant mes sens m’étaient devenus comme des dieux.
De ta saine présence exilés volontaires
Et je les enivrai de ces vingt adultères
Ainsi qu’un vil païen prodiguant son encens
À des idoles, et son cœur avec ou sans.

Le cœur, quelle catin alors qu’il se dérange !

Dans ces femmes d’ailleurs je n’ai pas trouvé l’ange
Qu’il eût fallu pour remplacer ce diable, toi !
L’une, fille du Nord, native d’un Crotoy,
Était rousse, mal grasse et de prestance molle :
Elle ne m’adressa guère qu’une parole
Et c’était d’un petit cadeau qu’il s’agissait.
L’autre, pruneau d’Agen, sans cesse croassait.
En revanche, dans son accent d’ail et de poivre,
Une troisième, récemment chanteuse au Havre,
Affectait le dandinement des matelots
Et m’…engueulait comme un gabier tançant les flots,
Mais portait beau vraiment, sacrédié, quel dommage
La quatrième était sage comme une image,