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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/26

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V


Incorrigible, toi. Mais c’est la destinée.
Voilà pourquoi mon cœur triste t’a pardonnée,
Mon cœur tendre, indolent et fol, et plus cruel…
Incorrigible, toi, selon l’ordre du Ciel,
Pour te punir toi-même et châtier mes fautes.
(Et tu t’acquittes bien de ces fonctions hautes.)
Incorrigible, toi, toi, c’est la faute au passé,
À ton passé brutal, misérable, insensé.
Comme le mien d’hier, car jadis je fus brave,
Je croyais fermement que tout m’était esclave
Et j’allais, insolent, turbulent, hasardeux.
Avec l’air, comme dit l’autre, d’en avoir deux.
J’en avais deux, je t’en réponds, tu peux toi-même
Témoigner que j’en ai deux encor : l’un suprême,
Trop généreux, visant au mieux plutôt qu’au bien ;
L’autre bas, quasiment d’un pître ou d’un vaurien.
Puis le malheur m’a fait pareil aux autres hommes,
Sinon moindre, et voici qu’ayant croqué les pommes,