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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/207

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XCIV

À EDMOND PICARD


Puisqu’il n’est pas permis en ce libre pays
Qui pourtant fut la France et prétend encore l’être,
De parler librement d’un homme libre et maître
De soi, d’un citoyen, d’un artiste, — obéis,

Poète, à ton idée, et faisons ébahis !
Les sots et les puissants, — même chose peut-être, —
En célébrant cet homme, un soldat ? Non. Un prêtre ?
Non ! tout cela dans toi, Picard, qui ne trahis

Ni la foi politique (en ce siècle critique
Il sied vraiment d’avoir une foi politique).
Ni la foi littéraire, artistique qu’il faut

Avoir aussi pour consoler l’âme indignée
Des choses de la vie encor que résignée
Et pour laquelle on meurt aussi, car ce le vaut.


Hôpital Broussais, juillet 1893.