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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/146

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XLVI

LE PINSON D’E***


C’est très miraculeux : ce pinson si joli
Qui sautillait d’un air attentif et poli
Tout au bout des barreaux, prêtant sa tète fine
À ma bouche lui sifflant l’air de la Czarine,
Il n’est plus ! Le voici sans souffle désormais.
Il avait bien souffert, autant que tu l’aimais !
Maussade, hélas ! et symptôme bien pire encore,
Immobile et muet dans la cage sonore
Du pépiement des autres « hôtes de nos bois »
Et vibrante Dieu sait comme de leurs émois,
De leurs ébats plus fous que les jeux de la houle.
Il s’était accroupi, se contournant en boule,
La tête sous son aile, ayant l’air de dormir,
Et tu gardais l’espoir, cessant de trop gémir,
De le croire en effet endormi… La nuit sombre
Vint, qui nous consola quoique peu. Mais quand l’ombre
Se dissipa, cédant, Soleil, à ton effort,
La vérité nous apparut : il était mort !