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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/58

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amour


Cet oiseau, ce roseau sous cet oiseau, ce blême
Oiseau sur ce pâle roseau fleuri jadis,
Et pâle et sombre, spectre et sceptre noir : Moi-même !
Surrexit hodie, non plus : de profundis.

Fiat ! La défaillance a fini. Le courage
Revient. Sur votre bras permettez qu’appuyé
Je marche en la fraîcheur de l’expirant orage,
Moi-même comme qui dirait défoudroyé.

Là, je vais mieux. Tantôt le calme s’en va naître.
Il naît. Si vous voulez, allons à petits pas,
Devisant de la vie et d’un bonheur peut-être
Non, sans doute, impossible, en somme, n’est-ce pas ?

Oui, causons de bonheur, mais vous ? pourquoi si triste
Vous aussi ? Vous si jeune et si triste, ô pourquoi,
Dites ? Mais cela vous regarde, et si j’insiste
C’est uniquement pour vous plaire et non pour moi.

Discrétion sans borne, immense sympathie !
C’est l’heure précieuse, elle est unique, elle est
Angélique. Tantôt l’avez-vous pressentie ?
Avez-vous comme su — moi je l’ai — qu’il fallait

Peut-être bien, sans doute, et quoique, et puisque, en somme,
Éprouvant tant d’estime et combien de pitié,
Laisser monter en nous, fleur suprême de l’homme,
Franchement, largement, simplement, l’Amitié.