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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/31

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UN CRUCIFIX


À GERMAIN NOUVEAU.


Église Saint-Géry, Arras.


Au bout d’un bas-côté de l’église gothique,
Contre le mur que vient baiser le jour mystique
D’un long vitrail d’azur et d’or finement roux,
Le Crucifix se dresse, ineffablement doux,
Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées,
Et la gloire d’or sombre en langues échancrées
Flue autour de la tête et des bras étendus,
Tels quatre vols de flamme en un seul confondus.
La statue est en bois, de grandeur naturelle,
Légèrement teintée, et l’on croirait sur elle
Voir s’arrêter la vie à l’instant qu’on la voit,
Merveille d’art pieux, celui qui la fit doit
N’avoir fait qu’elle et s’être éteint dans la victoire
L’être un bon ouvrier trois fois sûr de sa gloire.
« Voilà l’homme ! » Robuste et délicat pourtant.
C’est bien le corps qu’il faut pour avoir souffert tant,